10.08.2007

Le bonheur des uns...

Un matin

Je n’en pouvais plus de l’attente et le voilà l’orage enfin avec ce parfum qui résiste au bitume et s’obstine avec son arrière goût de terre je parle comme si j’avais d’ailleurs jamais goûté à la terre.

Si

J’ai une fois embrassé le sol en Guyane forte de la certitude que j’avais eu une vie antérieure d’indienne couverte d’argile rouge sur les bords du fleuve à la bordure du Brésil.Jamais manqué d’imagination.Sauf que ça sentait le carburant cramé ce sol là.N’empêche l’air ambiant avait un goût de mousse.Jamais mangé de mousse non plus.Ni singe.Mais du crocodile oui

Hier

C’était étrange.

Je me suis d’abord félicitée d’avoir pu si aisément garer mon tank.Si près de l’église.

Et puis j’ai fendu la foule, j’exagère avec foule, disons que j’ai foncé droit vers T. et S., S. s’est blottie contre moi, « je viendrais t’aider à défaire tes cartons », et je l’ai mouchée, avec un mouchoir en coton qu’elle tenait à la main, parce que son nez coulait sur sa joue sur son cou.

On m’a présentée aux jolis neveux et nièce. Moment de gêne. J’étais en Pataugas.« Cette dame fut … »

Je ne suis plus, ça c’est fait....

T. était blême tendance vert de gris. Décomposé.

Le prêtre avait de faux airs de Chevènement, fatalement je bifurquais vers Mr Bean, le hasard du placement fit qu’on me colla au premier rang de la colonne « amis/collègues », que le curé me fixait droit dans les verres de contact à chaque prise de parole, que je prenais donc un air très mystique/inspiré pour lui faire plaisir.

Vouivouivoui M'sieur Toutenviolet.

Que nous disait-il l’homme de Dieu? Qu’on est mort mais pas vraiment. Qu’on reste vivant à se goinfrer de bonheur auprès du Père qui est aux cieux et de sa progéniture, ça va je maîtrise encore quelques rituels, Agneau de Dieu, Seigneur je ne suis pas digne, Priez pour nous pauvres pécheurs d’anchois, et vas y que je te crame les yeux avec ton encensoir, j’ai cru que l‘église prenait feu au début, pas de fumée sans feu non.

Je ne suis pas allée communier. J’étais colère et révoltée. Et point à confesse ne suis allée depuis des lustres.J’accumule les fautes et les péchés.Un gros tas impardonnable. Petite j'en inventais à la pelle des péchés, ça me demandait un effort effroyable, j'ai volé une gomme, j'ai mangé de la confiture et j'ai refermé le pot comme si de rien n'était après j'ai juré craché que c'était mon cousin,j'en passe et des plus glauques.En clair il fallait mentir pour être absoute .J'en ai bavé des Notre Père et des Ave et bousillé du chapelet parce qu'au finish le fonctionnaire du Vénéré Daron ne me loupait jamais...fallait expier...MA TRES GRANDE FAUTE.

Quand ses deux filles ont dit à propos de leur adorée Maman:« elle aimait Truffaut, Rohmer, le pied de cochon grillé, et rire oui rire... » j’ai pleuré enfin. Pas de musique, juste le chant porté par un jeune homme brun qui tentait de chauffer la salle à grand coup de cantiques et qui marquait appuyait la mesure avec des gestes de professeur des écoles.

Et une et deux allelouïa allelouhouïa....

Le cercueil était petit comme celui d’un enfant. Et les petits enfants sanglotaient.

J’ai comme à l’ordinaire en ces circonstances regardé les vitraux .Rien n’a bougé .Je n’ai pas trouvé la lumière. Rien qu’un opaque mystère.

"comment ils font pour faire les vitres?"

En ce matin d’Août 2007, je me suis senti brebis égarée. Prête à être bouffée par l'Ours Errant.

Et j'aime T. et S.

Le soir

Je suis allée seule à la maison

Je m’y suis sentie bien

Il avait posé des statuettes sur la cheminée

Le peintre est arrivé

Joyeux drille

Après son départ je me suis assise dans la cour sur une vieille chaise longue en paille déplumée

J’ai regardé la teigneuse glycine, cette salope qu’il faudra surveiller si on ne veut pas qu’elle étouffe l’arbre, dont j’ignore le nom, et puis des fleurs rouges, je ne sais pas le nom des arbres ni des fleurs je suis enfant du macadam, du goudron et des plumes.

Il est heureux, les enfants sont heureux, et moi je communie enfin, ce bonheur là Mon Dieu…

My God

Mein Gott

Mio Trucmuche

Pas touche à mon God.

Alors on a refait la prise, on a sorti le champagne, Babychou qui frôle les 17 ans a bu du champagne et se rase le menton au secours mon fils est un homme, et on a réfléchit comme des brutes à la place du meuble chinois.

Bien sûr il y aura des orages, mais la pluie fera grandir les fleurs, celle du temps qui passe et nous pousse, ce temps que nous malaxerons jusqu’à n’en plus finir.

J’ai pensé en rentrant à la place de T., plusieurs rangs derrière sa femme, j’ai pensé que bien souvent nous ne sommes pas à la bonne place. Qu’il faut savoir sentir au flair à l’instinct comment se placer, la posture juste, que rien ne fonctionne si les pièces du puzzle ne sont pas les bonnes, que ce qui est important pour les uns ne l’est pas toujours pour les autres au même moment au même instant, j’ai pensé doucement porte d’Orléans que ma place est désormais auprès de celui qui m’a demandé de partager sa vie, sa maison, ses matins, et de nos enfants qui ne demandent rien que la paix, la joie, l’amour.

Des trucs simples quoi.

Enfin pour nous.

J’ai pensé qu’enfin je laissais de côté ces insupportables questionnements sur la quisuijité.

Qu’est-ce qu’on s’en tape du qui suis-je me perds en chemin vais-je ratatiner ma petite personnalité extravagante à vivre au milieu des fleurs près de la cheminée et tout le toutim

Sans eux sans lui je ne suis rien

Je dirais même plus…avec eux enfin j’ai le sentiment d’exister

Partant de là….

Une fois encore je citerais Stitch « c’est ma famille c’est moi qui l’ai trouvée »

On a les références qu’on veut. Et dois je préciser que si j'ai signé c'est pas pour qu'on me fasse chier? (rebelle un jour rebelle toujours, hahahahaha bon entendeur salut)


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