17.07.2007

Ephéméride#16

Jeudi

Parfois je serais un mur, impavide,froid l’hiver, pierres brûlantes l’été,poussiéreux, un peu de salpêtre aux interstices ,de la mousse aussi oui dessus, pour éponger les larmes, les prières et les confidences, et je resterais silencieux, on dit bien, muré dans le silence,ne rien répéter, rien entendre, on poserait des fleurs, des petits billets, des peluches,des prières à mes pieds, au pied du mur on dit, il y aurait la façade et le mystère de la construction de l’édifice et je suis fatiguée, je suis en apnée, je suis de briques et de broc.

J’ai lancé la grande offensive, j’ai trois ans de poussière à soulever,j’ai la cornée couverte de petits moutons gris, j’ai déclenché ma troisième guerre.

En vérité je suis fébrile et animée. Le sommeil en quantité minimum. La bouche sèche .Autoproduction de mes propres substances interdites. Coke in. Petit laboratoire clandestin, point de côté, pleurésie, phtisie?

Comme ce serait romantique.

Ce n’est pourtant pas bien compliqué, tracer sur un papier quelques colonnes bien alignées, task list or to do list, compartimenter mes jours, en faire des petits cubes.

Containers.

Un enfant parti à Chicago, deux autres vers le Sud, les petites à l’Ouest, point de jonction fin Juillet

Valises entrouvertes, linge étalé, et cartons d’emballages qui embaument le salon d’une odeur de recyclé autrement dit ça pue le renard mort.

Rétrospective de mon inertie passée.

Je veux une robe couleur du ciel.

Preuve du retour à la vie, une petite montée d’angoisse morbide très récente, fugace timide et passagère, des affaires de chronomètre et sablier, que vais-je faire de ce temps qui m’est imparti, et hop, comme une bouffée de camel, un souffle, ça s’évapore.

Et puis il y avait ça, trouvé en zone clicable:

« Il faudrait un jour disparaître dans un moment immense de fête joyeuse et insouciante, rassembler amis et famille à l'occasion de l'orgie, la plus belle qui semble, et tandis que chacun se dissout dans la distraction naïve ou éhontée - partir, disparaître sans laisser une trace, sans retour... »


Vendredi

Je ne serais pas héroïne du 19ème phtisique et alanguie, habillée tout de camélias, simplement un virus fourbement installée dans une bronchiole un peu trop fille facile, banal et point de côté.Des peintres refont à neuf les salles de bain et réparent des bricoles. J’aime par-dessus tout le très kitsch plafonnier qu’ils m’ont collé dans la cuisine,choisi avec amour du métier par le chef de chantier serbe,un truc en verre dépoli avec subtiles dorures au quatre coins.Mon fils va a-do-rer...

Les pièces vidées résonnent des dix années d‘occupation, seulement dix années, et lorsqu’au matin l’aube vient me faire ces adieux, je parle de l’aube amie des trois dernières années, ma compagne harcelante, celle qui me chatouillait les pieds nus sur le parquet, celle des envies passées de fuite à jamais, lorsque l’aube donc aux mains fraîches vient poser pour toujours son empreinte au balcon gris, j’entends les voix lointaines des souvenirs empaquetés, scotchés,encartonnés.

Comment ça va bien? me dit le petit carton des photos de famille....

Samedi

Le thé chez L., et puis le restaurant Laos, face Ivry, sur les maréchaux,parler encore toujours de l’Indochine,un peu d’Algérie, un peu de nos pères, des pères des autres, et le dessert trois couleurs en récompense.

a0969f6856062e1581f01c8a04aa7b16.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Photo Paris Match/Novembre 1968/BIAFRA

Dimanche...

...C’est chez lui, le patio,le soleil réservé pour ce dernier week-end nous deux dans sa maison d’avant,on rodera dans Paris envahi par taupes vélos, chaque fois que j’entends Vélib je pense Vel d’Hiv, je n’y peux rien,tout le dimanche, on achètera un nounours camouflage au doux regard pour la Petite P.,un déjeuner dans un quartier que j’ai déserté depuis longtemps,un film à l’Odéon, i love you Algeria, productions Sunday Morning, je ne plaisante ni j’exagère,oh tous ces petits signes, pour such a perfect day.

Je veux une robe aux couleurs arc-en-ciel.