28.06.2007
Ephéméride#15
L’antidote absolu à la désillusion c’est de ne pas en avoir d’illusions justement .Prendre les choses dans leur brute réalité, en tirer plaisir ou douleur, une à une, l’une après l’autre, ne pas chercher à faire un tout de ces petits riens, un petit quelque chose valant mille gros rien du tout. C’est le matin, pardon...On identifie les causes possibles de frictions, on les isole, on les cerne, crayonnées de noir bien gras, là faire gaffe c’est sables mouvants, là ça va tu peux sauter à pieds joints sans réfléchir.La soumission rampante à l’enthousiasme rénovateur du Président, le discours ambiant « laissons lui une chance », nous sommes éclairés et intelligents, nous ne contrerons pas les propositions qui nous paraissent utiles au pays, pas de posture pavlovienne de l’opposition…Je me ratatine, je m’écrase,je lâche l’affaire le temps d’avoir planter mes petits pavés.
Partant de là je suis allée picoler à ma mesure je précise ,soit deux trois verres d’épais Bordeaux, autant dire qu’au deuxième par manque de pratique j’avais viré clown de service,tablée de femmes,cinq, restaurant d’un autre temps, femmes à l’abandon pour l’une, back street girl éternelle pour l’autre,fraîchement sortie d’un mariage qui virait à l’inceste tellement les relations avec son mari s’étaient enlisées dans la fraternelle complicité pour la troisième, et la cousine de province de cette dernière ,retraitée fringante,et célibataire mais jactant l’italien ce qui m’est apparu comme un pur signe du destin, rapport à la petite entreprise en cours .A l’exclusion de la cousine, nous étions donc quatre amies de longue date, avec un point commun parmi d’autres, nos quatre fils de même classe d‘âge, engraissés aux mêmes cantines depuis la couche-culotte, tous ex petits garçons rondouillards rigolards devenus asperges bogossizantes, tous les quatre à l’âge des premières bitures et amours, et absolus branleurs lycéens mais ça s’est une autre histoire.
Toutes nous étions pâles, signe du temps qui passe, la peau qui se fait fine et redevient diaphane. Toutes prétendions absolument avoir été heureuses et aspirer à l’être, avec chacune sa définition du bonheur, pour ma part je ne suis pas à jour sur le sujet, je me satisfais de la succession d’instants lumineux qui m’est offerte au jour le jour, de là à décréter la création d’un état nommé Bonheur, why not.
En ce moment ma vie est placée sous le signe de l’étirement. Il faut déjuxtaposer mes vertèbres,allonger mes muscles, contrer les effets mécaniques de la maladie ankylosante, et mon corps qui avait pris l’habitude tel un hérisson de se rouler en boule en cas d’agression se révolte, le sport tue, c’est pas loin de la vérité, hier on m’a sommé de boulotter à triple dose l’anti inflammatoire atomique,de mettre mon corps de feignasse de nouveau au repos, alerte rouge, j’ai mal partout, mais fiancé dit « au moins c’est qu’on est toujours vivant sinon on n’a plus mal » et je suis d’accord .Que serait la vie sans petits bobos hahahahahaha.Ce ne serait qu'un pur concept.Alors que là hein...
Bien évidemment je ne peux m’empêcher d’associer cette révolte interne des osselets cartilages à ce retour à la question du père perdu, allons bon…y a t-il encore un seul divan de disponible dans cet espace arachnéen?
La cousine va m’aider à lancer une bombe dans le jardin familial, c’est elle qui va traduire la lettre que je voulais envoyer à mes oncles en Val d’Aoste,bongiorno, sono Graziella…..la fille du gars Mario…[Méthode Assimil page 2]
Nous fêtions,sans tristesse,résignées, le départ pour deux ans de l’amie fraîchement séparée de son mari/frangin, elle s'apprête à marcher sur Rome, son fils sous le bras, deux ans, promotion/mutation,au passage j'en ai appris de belles sur la non-souplesse des règlements de notre belle Europe,c'est le parcours du combattant son truc,mais bon, Rome, ville ouverte, tout ça,m'est revenu à l'esprit comme dirait Juliette cette histoire de Père Blanc du Vatican qui avait proposé à ma mère de l’aider dans ses recherches.
En vérité quand j’étais petite tout ce que me racontait ma mère et bien je trouvais ça effroyablement romantique, romanesque, j’étais toute gentille toute mignonne toute vivante , je ne voyais le mal nulle part, en cela si on m’interrogeait, qu’on me disait « en quoi pensez vous avoir radicalement changé », je répondrais sans ambages « je vois le mal partout quand je n’ai pas mal partout et parfois même ça se mélange, en cela j’ai changé, moi qui disait toujours même pas mal, moi qui disait toujours des uns des autres ils sont gentils »
Je me prenais pour Gelsomina et parfois encore il m'arrive
24.06.2007
Ephéméride#14
Je fais place nette jour après jour, je perçois mieux à chaque étape l’immensité du désastre antérieur à son arrivée dans mon ciel, je sais que ce très loin derrière moi ressurgira malgré tout, mais je campe sur mes jambes, mes quadriceps endurcis au stepper- torture du kinésithérapeute, légèrement penchée en avant, prête à démêler l’effroyablement emmêlé. Pour que lui, moi, nous, pour que ce soit dégagé, pour que nous puissions poser nos meubles rescapés sans risquer le bancal.
Hier soir je voulais j’aurais bien aimé me blottir contre lui, comme ça, juste blottie, parce que. Bientôt, chaque soir.
Toujours la lumière extérieure qui incide sur ma mémoire .Remix.
Cette lumière là ce matin là ce brouhaha de murmures étouffés de larmes moi dans la chambre elles dans la cuisine l’oncle aimé avait pris cet avion elles pleuraient collées soudées pour une fois au poste de radio
Et puis finalement apprendre qu’il avait manqué ce vol, et qu’il serait en France dans la journée. J’avais un couvre-lit à volants avec des petits personnages dessus.
Plus tard le jour de l’enterrement ma grand-mère qui hurlait nous insultait nous étions vivantes la vie l’avait prise à revers lui d’abord elle encore là ma grand-mère ce jour là haïssait la vie pleurait l’enfant chéri le fils le préféré. Qui avait pris un vol direct .Disons pour le paradis des marins en goguettes.
Ca ne mange pas de pain.
J’attends le retour du Camarade pour entamer le grand chantier. A tant fouiller dans les archives qu’allons nous découvrir. Il sera là pour conjurer les assauts violents de la mémoire.
Dans une moindre mesure et passé plus récent, à refaire encore et encore mes cartons, je dois apprendre à ne plus contempler les vestiges, à me dire que puis je encore sauver, que dois je sauvegarder.
Point d’interrogation
Apprendre à ponctuer
A mettre un point final
Espacements et virgules
J’ai tenté la mémoire de ma mère.
M’appuyant sur des bases solides, du moins je le pensais .Des recoupements, des flagrances Et cette phrase en réponse : je ne sais pas. C’est mon histoire. Je ne sais rien qui puisse t’aider.
Elle fait barrage, blocus.
Elle dit ne pas savoir si après le R.E.I il passa au 3ème R.E.P.
Dis moi Mam, tu m’as vendu un parachutiste des cuvettes imprenables d’Indochine, avant, comment peux tu ignorer…FAUDRAIT SAVOIR….
Je ne sais pas
Rien
Elle ne sait rien
Dans la micro tragédie familiale la mémoire joue un rôle de premier ordre, sa manipulation, ses ornières, ses contres plongés dans le mensonge, Pire que les non-dits les élaborations factices.
Je ne cherche plus d’où me vient cette exigence pour la vérité, partout, pourquoi le moindre doute me flingue comme un peloton d’exécution à l’aube mauvaise.
Cela dit mon imaginaire a eu tout loisir de grandir au milieu de tout ce fatras de leurres. Il s’est construit de manière étrange. Je captais des particules de vérités, je les tissais, canevas, j’y incrustais des perles rares, des trouvailles, des trésors, ça donnait un tissu râpeux, qu’il m’a fallu au fil des ans détricoter, fil après fil, pour en faire un drapé convenable, quelque chose d’amidonné, qui tenait debout quoi.
Je sais du coup d’où me vient parfois le dégoût…
Camarade a rédigé la lettre qu’il faut envoyer à la Légion Étrangère. Objectif, obtenir un état des faits d’armes et divers de mon père.
[Comprendre un père absent est un exercice difficile surtout quand cet homme fut un combattant, un soldat aux causes oubliées ou devenues obscures.] extrait
La lettre partira demain pour Aix en Provence ou Marseille, elle transitera d’un bureau l’autre, il leur faudra vérifier des choses, être certains que…et puis ils répondront, oui/non, si oui je devrais justifier, état-civil et tout le barnum, et ça repartira, ministère de la Défense, un bureau, un cachet, un agent las qui cherchera dans les archives, une photocopie, un tampon, dans le meilleur des cas, je saurais.
Si NON…et bien.
Déjà certaines pistes nous mènent vers des lieux peu communs.
Et puis hier soir ce concert offert dans l’urgence, et mon grand inspirateur tombe de son piédestal, jamais de ma vie je n’aurais imaginé que je m’ennuierais à ce point moi qui ignore l‘ennui, que je devrais fermer les yeux en m’en casser l’orbite pour tenter de capter cette petite cassure de la voix qui m’a rendu folle dingue du temps de mes quinze ans, sans la trouver jamais durant l’heure un peu plus qu’a duré ce pensum.
Lou Reed chantait Berlin comme pour me dire « allez oublie passe à autre chose tu vois bien même moi…. »
Même pas mal.
Et puis M. installée à Bruxelles avec son musicien ,qui déchiffre allongée le temps que son enfant soit de taille suffisante,soit encore dix semaines, qui m’écrit pour me dire que toutes ces pistes ne mènent à rien, que les auteurs rencontrés sont pitoyables, qu’elle commence à comprendre ce qui se joue de plagiat ,de misère, et qui veut exiger de l’exclusivité absolue désormais, plus rien qui ne surgisse sur la toile de ce qu’elle consentira à faire exposer sur papier .Que son service juridique est saturé à tenter de faire le tri entre les plagiaires et les créateurs.
« Franchement on est dans un monde où les ego(s) sont tels qu’ils présupposent qu’avant eux nous n’aurions rien lu. D’où leur vient cette confusion entre leur propres oeuvres et celles qu’ils ont ingurgitées? C’est un phénomène nouveau que nous contemplons ma chère G., hier j’ai Henry Miller qui m’a demandé un RV, c’est te dire… »
Alors j’ai répondu,trop vite, mal, que c’est la liberté, que rien surtout pas un mot, une phrase n’appartient à personne, que seule compte la capacité de chacun à mettre ça en forme sinon en lumière, que dès lors qu’on se risque à prétendre qu’on est « écrivant » on se met à portée des coups bas des blessures et qu’elle devrait faire preuve d’un peu plus de respect face à la donne nouvelle, que son mépris affiché pour l’exhibition non commerciale des textes est concevable son fond de commerce est menacé.
« Je ne suis pas d’accord avec toi bien sûr ma pirate, on en reparlera.» Calme, princière, comme toujours.
Et puis tiens ce matin un vautour qui traînait encore toujours au dessus des lambeaux de chair d’une enfant amputée.
Et des oiseaux morts, de mort suspecte, pas naturelle quoi.
19.06.2007
Ephéméride#13
Dernière kermesse dans cette école
Désolation,stands de quilles et de bonbons
[B]I sit and watch as tears go [C]by[C7]
Pluie fine et vent mauvais qui dévaste les tentes
Je fume des Camel sous le regard consterné des jupes bleu marine
Plein de moches mères déjà vieilles à peine quadras
Des pères picolent à l’ombre du préau
Je bavasse, thème les grandes écoles et les meilleurs lycées
« Pensez vous que je doive inscrire mon forcément surdoué de fils à « Stan » ou à l’Ecole Alsacienne, « Stan » c’est très marqué droite, l’Alsacienne c’est plein de bobos, j ‘hésite…. »
« Stanislas, il se créera un putain de réseau…(j'y crois en plus) »
« C’est-ce que je pensais »
Les enfants jouent à faire semblant de s’amuser
[F]I sit and [G]watch the children [B]play
Sauvée par le gong
On se casse
Boum Casino Royal de la petite qui gagnera une montre de cagol au black-jack
Je ne le saurais que le Dimanche soir.
Quand vient le début de l’été
Le grand morcellement
Recoller les morceaux
Cordons coupés
Un dimanche matin au parc, des canards ,des moineaux peu sauvages et des choses à bec noirs, lourdes et proches du chien errant, un peu menaçantes.
Passage à l’heure d’étais
J’étais
Comme ci
Comme ça
Dimanche midi rue de Tolbiac
La voiture est bloquée par une voiture de police
Des policiers en blanc, un jeune homme avec un blouson NYPD
Il téléphone
Je prends leurs dos en photo à travers le pare-brise
Il monte dans la voiture des policiers
Un homme en vélo les suit longtemps du regard
Mystère
Dimanche 19H24, un journaliste avenant dans mon téléviseur vétuste et 39% d’abstentions
Je sais par avance l’hypnose
Je vais regarder jusqu’à la clôture du programme
En triant mécaniquement des documents administratifs
En ouvrant des enveloppes
Et tapant des courriers
J’essaye la rigueur
C’est un sport
La méthode
Je voudrais bien avoir un secrétaire
Un soulagement un sourire narquois au chat….
Le coup des brebis égaré, un sursaut de raison, cinq proches abstentionnistes jouant violon des désabusés successivement au téléphone, et malgré eux ,ça, et d’autres, sortie de coma,salle de réveil,mais de là à pavoiser….
Beaucoup de blessures dans cette histoire
Le maire de la Garonne
« En 1998, Alain Juppé est mis en examen pour « abus de confiance, recel d'abus de biens sociaux, et prise illégale d'intérêt » pour des faits commis en tant que secrétaire général du Rassemblement pour la République, et maire adjoint de Paris aux finances, de 1983 à 1995. Il fut considéré comme un élément clé d'un système de financement occulte d'emplois au sein du RPR financés par la Mairie de Paris et des entreprises désireuses de passer des contrats publics (sa secrétaire personnelle au RPR fut elle-même rémunérée par une entreprise, le groupe immobilier Ségur, puis par la Ville de Paris). »Wikipédia
Le couple Royal
Eric Besson, ancien ami du couple Royal-Hollande ayant rejoint le gouvernement de François Fillon, a estimé que cette affaire d’ordre privé avait pesé sur le camp socialiste lors de l’élection présidentielle.
"Je suis, comme Jean-Luc Mélenchon, surpris que cette annonce puisse venir un soir de deuxième tour d’élections législatives et j’allais dire polluer, en tout cas parasiter le débat politique", a-t-il déclaré.
« La dimension PS de l’adultère »
Qu’est-ce qui a pris aux journalistes hier soir sur FR2
Quelques convalescences aléatoires
A Gaza on étouffe
Le poids de l’indifférence
Lequel de nos gouvernants aura le courage de s’y frotter
Un président bi-polaire, sur imprimant puis escamotant son image
Détériorée au sortir du G8
Quoiqu’il en dise
La presse dépose sa muselière et étire ses muscles engourdis
Le temps perdu passé et à venir est palpable ce matin
Je l’emprisonne comme un coquillage
Creux de la main
J’entends la mer
Je me souvenais hier ça me poursuit des livres de ma mère
Les romans sombres dans les Highlands
Une envie d’Ecosse, de lochs, sinon d’Irlande
Et tout simplement d’océan
Avec regard au loin, vers la ligne bleue de l’horizon
Bleu pâle pour certains
Bleu azur pour d’autres
Mardi me voilà bien
Motivée comme un volontaire pour l’assaut
Installée devant mon écran
Télédéclaration
Premier blocage
J’attends la clé
Hier affronter la panique consternante de celui qui fut le...
Chacun son tour
C’est le sien
Encore un qui a du mal à supporter que je sois plus anéantie sous mon champ de ruines
Tant pis
Grands débats par email avec mes amis socialistes
Mon ton ma dynamique excitée ne semble guère leur convenir
Me voilà comme à chaque fois taxée de noms d’oiseaux
Anarcho-trotskiste
Entriste provocatrice
Soutien sans faille d’un seul
Qui me contacte en off
Sur myspace on me colle des bisounours scintillants
Je suis en pleine forme
Formes pleines sur le sujet je fais court passe impair et gagne
Plus dodue que le dossier Chirac c’est rien de le dire
Manger le blanc jeter le jaune
Trop de pain noir fait bouffir je confirme
J’ai trois ans de chantier en retard.
I sit and watch the children play
Doing things I used to do
They think are new
12.06.2007
L'envol
L’enfant ressemble à un Pierrot de Lune. Suspendue harnachée, elle survole la cime des arbres.

En bas au sol la mère à le cœur pétrifié. On entend les battements à mille lieues à la ronde, la pierre fait caisse de résonnance. D’autres mères regardent l’enfant, regardent la mère. Mais comment…
L’enfant frêle et minuscule a conscience du danger, l’évite, se concentre, appréhende les difficultés plus encore que le vide. Elle est attachée, il y a des mousquetons. La mère ce matin là fait confiance à deux crochets de métal.
Voilà une des rares situations face auxquelles je perds tout sens de l’humour, et où ressurgit sans aucune nuance toute la brutalité la viscéralité de ce qu’on appelle l’amour maternel, en l’occurrence instinct, ancestral, brutal, ça me rapproche des secondes de sa naissance, quand tout se joue dans l’attente intenable du premier souffle suivi du premier cri, ce cri qu’on tente ensuite de contenir à grand renfort de tétines, bout de sein, câlins, mais qui signifie quand il est le premier: elle vit.
Là l’enfant était silencieuse

Je t’offrirai pour tes dix huit ans des mousquetons en titane mon enfant.
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